acte d’écriture, action d'écriture

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1. Notion issue de travaux sur l’anthropologie de l’écrit au début des années 2000. L’expression est un décalque de celle d’« acte de langage » ou « acte de parole » (speech act en anglais) utilisée en pragmatique dans les années 1960 par John L. Austin, puis par John Searle avant d’être reprise en français par Pierre Bourdieu en 1982. Selon Béatrice Fraenkel, l’acte écrit (synonyme chez elle d’acte ou action d’écriture) n’est pas une simple scription de l’acte de parole mais a une valeur performative propre. L’acte d’écriture se distingue de l’acte de parole non seulement parce qu’il est un « acte graphique », avec sa propre matérialité, mais également par la profondeur temporelle qui lui est propre puisque après la rédaction initiale, le document textuel peut être lu, relu et réutilisé.

2.  Selon le GRIHL, action d’écriture désigne le « fait de rédiger un écrit, d’écrire plutôt que de faire autre chose ou de s’abstenir d’écrire, d’écrire au milieu d’autres choses que l’on fait » (GRIHL, p. 9), mais aussi toute une gamme d’actions qui consistent en des reprises d’actions d’écriture précédentes : publication, copie, réédition, mise en recueil, transmission... L’action d’écriture se différencie à la fois de la reconstitution d’intentions d’auteur et des effets d’un texte sur un lecteur.
La réflexion en termes d’action d’écriture se distingue ici de la théorie pragmatique en ce qu’elle ne porte pas sur des énoncés, fussent-ils écrits. Par exemple, lorsqu’un membre du clergé écrit « je souscris » au bas du formulaire imposé suite à la condamnation en 1653 par le pape des cinq propositions de Jansénius, cela ne signifie pas forcément qu’il souscrive à cette condamnation. En revanche, le caractère écrit de la souscription le fait entrer dans toutes sortes d’actions : pour le signataire, démonstration d’une soumission ; pour le pouvoir royal et l’Église, identification des réfractaires, publication d’un retour à l’orthodoxie du clergé français, avancée de la destruction de Port-Royal, etc. (ibid., p. 18).

Bibliographie

  • FRAENKEL Béatrice, « Actes d’écriture : quand écrire c’est faire », Langage et société,  121-122, 2007, p. 101-112.  |  Zotero
  • FRAENKEL Béatrice, « Actes écrits, actes oraux : la performativité à l’épreuve de l’écriture », Études de communication,  29, 2006, p. 69-93.  En ligne : <http://edc.revues.org/index369.html>  |  Zotero
  • ANHEIM Etienne et CHASTANG Pierre, « Les pratiques de l’écrit dans les sociétés médiévales (VIe-XIIIe siècles) », Médiévales,  56, 2009, p. 5-10.  |  Zotero
  • AUSTIN John L., How to do things with Words, The William James lectures delivred at Havard university in 1955, Cambridge, 1962.  |  Zotero
  • BOURDIEU Pierre, Ce que parler veut dire : l’économie des échanges linguistiques, Paris, 1982.  |  Zotero
  • SEARLE John, Speech Acts: An Essay in the Philosophy of Language, London, 1969.  |  Zotero
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  • GRIHL , Ecriture et action. XVIIe-XIXe siècle, une enquête collective, Paris, 2016.  |  Zotero
  • RIBARD Dinah et SCHAPIRA Nicolas, On ne peut pas tout réduire à des stratégies, Paris, 2013.  |  Zotero
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Métadonnées

Citer cette notice

Thomas Brunner, Juliette Deloye, « Acte d’écriture, action d'écriture », dans VOCES, Vocabulaire pour l’Étude des Scripturalités, Thomas Brunner (dir.), ARCHE EA3400 (Université de Strasbourg), édition électronique (2015-), 2019 (mise en ligne), 2019-04-30 (dernière mise à jour), <http://num.ea3400.unistra.fr/voces/notice/acte_d_ecriture.xml>.

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Édition

  • Thomas Brunner, Juliette Deloye
  • Thomas Brunner

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  • Mise en ligne (Thomas Brunner).
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